Et si l’entreprise avait les solutions ?

Cette semaine j’ai eu l’opportunité de participer aux deux journées du Parlement des entrepreneurs d’avenir, tenu au CESE (Conseil Economique Social et Environnemental) à Paris.
Les murs du CESE ont renvoyé l’écho de plus de 600 entrepreneurs et acteurs engagés pour une société responsable.

Réunis pour trouver des solutions, que proposent ces acteurs du changement pour faire grandir les embryons qu’ils portent ?


Repenser le rôle de l’entreprise.

La mission de l’entreprise est-elle réduite à la seule sécrétion du profit ?
Le profit est indispensable au développement du capital, initiateur de l ‘entreprise et carburant de son développement futur. Depuis Milton Friedman (Prix Nobel d’économie en 1976) ce point est invariant. Tous les outils sont là pour le mesurer (comptabilité générale etc) et chacun sait qu’on ne fait que ce qu’on mesure.

Bon, alors tout va bien ? Il n’y a besoin de rien changer ? Les règles établies au XIXème siècle pour soutenir l’investissement matériel, facteur essentiel du développement de l’activité depuis lors, seraient toujours valides ?

Sauf que le nouveau capital à développer a totalement changé :
- • L’économie devient de plus en plus immatérielle, dont la composante n’entre pas dans le calcul du capital de nos sociétés ;
- • Le social ou capital humain doit être valorisé pour en construire le développement ;
- • L’environnemental doit être pris en compte pour cesser de pénaliser l’économie de ceux qui en prennent soin et éliminer les acteurs qui obèrent le devenir de toute la planète.
En clair les 3 piliers du développement soutenable doivent devenir à égalité dans les comptes des entreprises pour pouvoir en mesurer les progrès, amortir les investissements correspondants. La RSE (responsabilité sociale des entreprises) doit aller au delà d’une annexe de laïus à la portée des bons communicants et devenir une préoccupation des commissaires aux comptes.

Ceci passe par une nouvelle définition des rôles et missions de l’entreprise. Nous sommes tous invités à plancher sur ce sujet.

Crise ou étape de la métamorphose de la Société ?

Pour JM Jancovici (Carbone 4) , le monde subit le contre coup du besoin croissant en énergie et de la raréfaction des ressources nécessaires à sa production. C’est une contrainte. Mais la contrainte n’est-elle pas le meilleur moteur de l’innovation ? Nous sommes destinés à créer un ensemble d’opportunités qui feront naître plus d’activités nouvelles qu’on en verra disparaître.

Conduire le changement, c’est ce que fait le groupe La Poste, pour s’adapter à la disparition du courrier papier, aux exigences de ses clients, à la mise en concurrence avec des logisticiens mondiaux. JP.Bailly, son patron, a fait part de son expérience. Conduire un changement efficace repose sur 3 pieds (encore !) :
- • Satisfaire les clients,
- • Améliorer la qualité de vie au travail, pour bien le faire,
- • Conserver une bonne santé économique.
A La Poste, le changement est soutenu par des réseaux pour bien échanger, partager (la vision, les bonnes pratiques…) et communiquer.

M.Bouygues va à la rencontre de ses collaborateurs par groupes. Il écoute leurs préoccupations, explique sa stratégie. C’est ainsi qu’il a senti le besoin de développement durable exprimé par les salariés-citoyens. C’est devenu un levier essentiel de la stratégie du groupe où, métier par métier, chacun peut trouver sa voie pour progresser et par là même faire progresser l’ensemble de l’entreprise. Il souligne par ailleurs l’importance de l’exemplarité (de l’équipe de Direction) sans laquelle il n’y a ni cohérence ni cohésion.

O. Gauthier (les Orangeries) constate que nous sommes à la fin du modèle d’abondance ce qui est une opportunité pour proposer de nouvelles solutions (innovation). Elle pratique le « Lean & green » conduisant à une idée de sobriété généreuse, à l’élimination des gaspillages , de la breaucratie…

E. Druon (Pocheco) a créé un néologisme pour baptiser sa méthode de développement :« écolonomique »et il lui doit sa survie.

JF. Rial (voyagiste) : pour vendre du voyage sur mesure à des clients avisés, le bonheur des salariés à la recherche de leur satisfaction doit s’entendre, transpirer des propos et attitudes. Ce n’est possible que si les salariés sont « bien dans leur tête ». Rendre le client heureux ne se décrète pas, ça se génère.

JM. Borello (SOS) dit qu’il y a 5ans l’économie solidaire ne concernait que des exclus de l’économie « classique ». L’ESS doit fonctionner de plus en plus comme les autres entreprises qui, elles, doivent s’intéresser davantage au social. La RSE est en train de rapprocher ces deux mondes, au meilleur de leurs intérêts.

Gouvernance pour un « mieux être »

Extraits de la session animée par Arnaud de Saint Simon (Psychologies).
Par la nouvelle gouvernance, on entend mettre le salarié au centre de l’entreprise. Les enjeux du salarié plus heureux sont :
- • Lever les freins au changement
- • Enchanter le client
- • Améliorer les performances financières et capitalistiques de l’entreprise.
Pour illustrer ce thème les échanges ont eu lieu entre différents acteurs de la Société Responsable :

- • A. Rafael (SCOP) : dans une SCOP la gouvernance se fait par les salariés. Ce modèle impose une formation à la gestion économique.
Observation : pourquoi, en symétrique, les entreprises de l’économe classique de propensent-elles pas une formation « sociale » ?
- • C . Bargain (La Poste) : l’étape 1 du changement est problématique : il s’agit de partager une même vision et les mêmes objectifs.
- • Pour M. Hervé (Président du groupe Hervé), à la tête d’un réseau de 190 petites entreprises, chaque entrepreneur vit pour le bonheur :

  • o D’avoir
  • o D’être
  • o D’être avec.

- Après une première mondialisation qui a modélisé ce que nous avons tous, nous entrons dans une deuxième qui fait émerger la nouveauté, la personnalisation et la fin de la centralisation.
- • C. Couvert (CFE-CGC) veut que l’homme soit au centre de l’entreprise. Nous sommes tous acteurs du changement et passer à un mode ce communication positive. Elle propose 2 temps :
- 1. Distinguer les entreprises « excellentes »
- 2. Accompagner, diffuser les bonnes pratiques.

En conclusion de cet atelier, retenons que dans le même temps, l’entrepreneur est :
- • Conservateur du passé,
- • Producteur du présent
- • Créateur d’avenir.
Dans l’entreprise d’avenir la direction des ressources humaines cède le pas à une direction humaine des ressources.

L’entreprise responsable est-elle rentable ?

Débat conduit par Patrick d’Humiéres (Président de l’institut RSE management »
Après une dizaine d’année d’observation, que dégage-t-on ? Pourquoi ne va-t-on pas plus vite ?...

- • T. Saunier (Generali) montre que 250 études réalisées démontrent une corrélation « positive, limitée » entre performance et engagement RSE.
En tant que fournisseur d’assurances, il observe que les plus engagés RSE gèrent mieux leurs risques, développent des relations plus durables et ont un tiers de sinistres en moins.
- • O. Guilbaud (Science et nature) remarque que tout ce qui conduit à être plus autonome (en énergie, eau…) est à considérer.
- • Pour O. Millet (Investisseur) investir « responsable » c’est assurer la pérennité. Cet engagement permet à l’investisseur de détecter les entreprises qui pensent leur avenir. Il insiste pour inviter les nouveaux arrivants à prendre leur temps pour devenir 100% RSE, mais à entrer dans la démarche le plus tôt possible.
- • D’après O. Peyrat (AFNOR), aucune activité ne peut longtemps ignorer la RSE. Pour rendre visibles les résultats il faut savoir mesurer les impacts des dispositifs RSE en place dans les 3 sphères :

  • o Economique : déjà largement mesurée ;
  • o Sociale : turn over mesurable , mais insuffisant pour évaluer,
  • o Environnementale : difficilement mesurable, mais sujette à taxation à brève échéance.

- En conclusion il est nécessaire de mettre en place des mécanismes de reconnaissance et des outils de mesure pour montrer la rentabilité de la RSE. A ce jour, la plupart des financiers et des investisseurs sont des freins à l’envol de la RSE.

Crise ou changement de monde ?

Walter Bouvais (Terra Eco) a animé une session riche faisant débattre des industriels engagés : R Ferrari (Ferrari ) ; Ch. Kloboufoff (Lea Nature) ; N. Lebas-Vautier (Ekyog) ; des institutionnels :B. Lechevin (ADEME) ; JM. Roirant (CESE) ; un financier : A Ventura (Planet Finance).

Ce que j’en retiens :

Une volonté de consommer autrement et de vivre la citoyenneté dans l’entreprise émerge.

L’origine de la crise financière de 2008 (subprimes) est dûe à une Finance non responsable.

L’engagement de la France (facteur 4) exige de diviser sa consommation d’énergie par 2 d’ici 2050.

Ceux qui s’en sortent le mieux sont ceux qui exportent le plus.

Nous vivons un changement de civilisation global qui génère des crises dans tous les domaines.

Le système ce comptabilité n’est plus adapté pour inciter aux mutations indispensables. On amortit le matériel mais pas ce qui est important pour le monde de demain (immatériel, social, environnemental).

Les solutions : alléger les produits, circulariser (économie circulaire, recyclage…)

Comment peut-on espérer promouvoir la RSE dans un monde où les entreprises sont gouvernées en SARL (Responsabilité Limitée), SA (Anonyme) ? C’est une boutade qui en dit long sur les chemins à parcourir. Ceci rappelle encore la nécessité de redéfinir le rôle de l’entreprise.

S’interroger sur la place prise par la Finance dans notre monde (97% du PIB résultent de la spéculation et des jeux monétaires).

Conclusion :

Offrir mieux avec moins.
Organiser un lobbying de l’économie de sens pour ensuite adapter les outils (fiscalité, comptabilité…) à l’atteinte des objectifs essentiels.

Partage et usage : une nouvelle façon de consommer :

Anne Sophie Novel (journaliste Ecolo Info) a animé une table ronde d’entrepreneurs innovants (Finance participative : Kisskissbank ; Autopartage ; Ekibio) et de l’ambassadeur de Bolivie

Partant de constats :
- • La voiture moyenne d’est utilisée qu’une heure par jour et 80% avec une seule personne à bord.
- • Le financement participatif (crowdfunding) génère de l’optimisme (chez les acteurs de projets et chez les micro-financiers).
- • Pour changer le monde il faut commencer par changer sa nutrition (le ventre nourrit l’esprit).
- • Nous sommes nés, avons grandi dans une économie de la consommation. Le changement va nécessiter une pédagogie effrénée et les entreprises responsables sont très minoritaires

Conclusion :

Ces nouveaux modèles (partage plutôt que propriété…) suppriment des intermédiaires et dérangent l’establishment. Pour progresser il faut remplacer la défiance actuelle par de la confiance, ciment de la sociéte.

L’avenir c’est maintenant, l’avenir c’est nous.

Pour conclure ces deux journées d’échanges, un dernier débat a permis d’entendre :
- • JP Delevoye (Président du CESE)
- • N. Kosciusko-Morizet (Candidate à la Mairie de Paris)
- • E.Jaffelin (Philosophe)
- • A. Meloto (ONG – Gawad Kalinga)
- • N. Notat (Vigeo)
- • H. Valade ( Suez – Collège des directeurs du DD)

JP Delevoye a bien entendu les entrepreneurs d’avenir et leurs (bonnes) questions. L’avenir est aux porteurs de projets, et il faut donner la priorité aux projets plutôt qu’aux postures. On a besoin des restaurer le « politique », pas le « politicien ».
Ce qu’il attend de notre travail (entrepreneurs d’avenir) : formuler les méthodes, les enjeux pour aider le politique. Débattre plus des objectifs (ex : l’agriculture)et moins des conséquences (les agriculteurs).

Du débat il est ressorti que :
- • Le profit n’est pas la seule finalité de l’entreprise. Elle doit fournir des biens et des services utiles
- • Dans un monde en mutation, l’entreprise doit évoluer pour continuer à vivre et à se développer.
- • La RSE ne se met en marche que si elle est incluse dans la stratégie de l’entreprise. Elle n’est prouvée lorsqu’on peut en mesurer les effets. C’est alors une occasion de redonner de la confiance dans l’entreprise.
- • Nous appartenons tous (entreprises, collectivités, ONG, population) à un écosystème. Chacun doit y mettre sa part.
- • Pour être crédible, il faut de la cohérence. Le premier mouvement du politique devrait être d’appliquer une RSE pour lui-même, d’être exemplaire.
- • Le modèle de l’entreprise actuelle est à revoir :

  • o L’innovation doit être collaborative,
  • o Les projets doivent être construits avec les utilisateurs,
  • o L’innovation doit être sociale,
  • o Une nouvelle gouvernance reste à être inventée,
  • o Les freins se lèvent avec le courage.

- • Réintroduire de l’esprit de chevalerie dans l’entreprise. Le concept de gentillesse ‘E. Jaffelin) est productif.
- • A l’instar du colibri de la légende Amérindienne, la personne morale (entreprise) doit inventer la façon de « faire sa part ».

P.-S.

Vous souhaitez livrer vos commentaires, discuter ce que vous pourriez faire progresser la RSE de votre entreprise.
MRCO sera heureux de donner suite à votre demande.

Michel Ruel
- 06 48 06 47 01


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