Un peu de prospective.

L’humanité est à la croisée de deux ères, comme elle le fut à la Renaissance. La succession de crises que nous traversons génère les turbulences accompagnant le passage entre deux "masses d’ères" aux pressions très différentes. Explorons ensemble les conséquences de ce voyage dans le temps.


POSTMODERNITE et PROGRES

 [1]

Les grandes ruptures de la fin du XXe siècle

Nous vivons une profonde mutation. La dernière en date fut la Renaissance qui vit le passage de l’économie agraire de la Féodalité à l’économie marchande de la Modernité. Cette nouvelle ére est annoncée par de grandes ruptures :

  • Ecologique : nous avons consommé 80% des ressources naturelles non renouvelables que la Terre avait mis des centaines de millions d’années à accumuler. Les habitudes alimentaires changent : de tout temps la majorité de hommes se nourrissait de céréales ; grâce à l’évolution du pouvoir d’achat des milliards de gens veulent manger de la viande. Or il faut dix-sept fois plus de surface arable pour produire un kilo de viande que pour produire un kilo de céréales. Nourrir tous les humains à l’américaine nécessiterait huit à neuf planètes Terre !
  • Technologique : selon Michel Serres les trois grands sauts de l’histoire de l’humanité sont : le saut de l’oral à l’écrit (il y a 4000 ans), le saut de l’écrit à l’imprimé (il y a 550 ans en Europe) et le saut de l’imprimé au numérique, il y a 30 ans.
  • Economique : le modèle économique imposé au monde entier est construit sur la financiarisation généralisée. Il a conduit à une logique de facilité : argent facile, endettement facile, appropriation facile… dont les conséquences sont le pillage des ressources naturelles et des forces humaines. On en sortira par un passage de la valeur d’échange (prix bas) à la valeur d’usage (utilité durable). L’économie passe d’un capital spéculatif à un capital entrepreneurial.
  • Philosophique : après avoir cru que son bonheur viendrait de la religion, de l’Etat, des idéologies, de l’hyperconsommation l’homme commence à comprendre que le bonheur ne vient jamais de l’extérieur mais qu’il se construit de l’intérieur. « le plaisir se prend. Le bonheur se reçoit. Mais la joie se construit. »
    La joie ne naît que dans le dépassement de soi, dans l’effort.

Les Cinq piliers de la modernité

La modernité est soutenue par cinq piliers : Etat, Banque, Bourse, Université, Syndicats ou Corporations (patronaux et salariés). L’ensemble est équilibré avec des combinaisons diverses en fonction des idéologies gouvernantes :

  • Le socialisme s’appuie sur les Universités pour hypertrophier les pouvoirs de l’Etat central et contenter les syndicats ouvriers en affaiblissant banques et syndicats patronaux.
  • Le conservatisme cherche à renforcer l’Etat, la bourse et les syndicats patronaux contre les Universités, les syndicats ouvriers et parfois les banques !
  • Et toutes autres combinaisons possibles…

Mais voilà sonnés le déclin et la proche disparition de la Modernité avec ses 5 institutions…et toutes les idéologies qui en découlent. Ainsi nous serions entre deux ères : modernité et post-modernité, d’où les inévitables tensions générant crises et opportunités.
La modernité dépense une énergie folle en résistant (soutien d’activités industrielles obsolètes, lois ralentissant les percées technologiques – HADOPI, anti-OGM etc). Les institutions dépendent des mêmes intérêts (Etat, Bourse, Banque) et financent le système « électoraliste ». Elles font bloc pour leur survie au lieu de garantir l’avenir. De plus la santé du système économique est mesurée par des indicateurs (PIB, déclarations d’impôts…) ne représentant qu’une partie de l’économie réelle (à laquelle il faut ajouter les activités mafieuses, le marché noir, l’économie démonétarisée …). L’économie officielle ne représente que 1/6 de l’économie totale.

Comment les Etats financent-ils cette « perfusion » ? : par l’endettement, l’impôt et la création de monnaie.
Faisons grâce d’un long développement montrant que tout l’édifice repose sur le crédit. Rappelons aussi un basique : la masse d’une monnaie doit être fonction de la quantité de travail réel de création de valeur réelle. Que se passe-t-il lorsque chômage, réduction du temps de travail et récession additionnent leurs effets ?
A propos de la « planche à dollars » qui depuis Bretton Woods et les accords Nixon-Chine de 1983 permettent de créer des dollars sur l’activité des autres (producteurs de pétrole et Chine), signalons le danger que représentent l’épuisement des ressources pétrolières et la volonté de la Chine de facturer avec d’autres monnaies.

Convenons alors que le passage à un nouveau système est inéluctable.

Comment et quand ?

Deux possibilités s’ouvrent devant nous :

  • S’acharner à ne pas vouloir changer, retarder le changement reviennent à accroître les tensions auxquelles le système est soumis. Les lois de la physiques sont incontournables : un point faible finira pas lâcher (dollar ? chômage ? faillite de grandes banques ? pénurie de ressources naturelles ? pandémie nouvelle ? guerre ?...). C’est l’hypothèse du ratage de l’opportunité offerte.
  • Prendre conscience, modifier nos comportements pour atteindre un monde de frugalité et d’autonomie. C’est l’hypothèse du rattrapage.

Ceux qui nous gouvernent aveuglés par leur soif de réélection ne sont pas enclins à conduire le changement. Il revient à chacun de nous de se montrer exemplaire et de donner envie à son entourage de nous suivre, par

  • La pratique de la frugalité,
  • Le développement de son autonomie (ne pas tout attendre de l’extérieur mais considérer que nous sommes responsables de notre santé, de notre employabilité etc)
  • La culture de tous nos talents,
  • La maîtrise des outils numériques,
  • Le refus de la facilité (ce qui est facile n’a pas de valeur),
  • La joie dans l’accomplissement de soi.

« On n’arrête pas le progrès »

Hier ces mots suscitaient l’enthousiasme et signifiaient « c’est formidable, nous allons être encore mieux en faisant moins d’efforts ». Nous avons intérêt à faire de nouveaux progrès.

Aujourd’hui, ces mêmes mots sont prononcés dans la crainte « on n’y peut rien, on ne peut pas arrêter ce progrès, même si on redoute son impact sur les vies futures ». Nous ne croyons plus au progrès.

Le sens de l’histoire humaine voulait que la génération présente sacrifie de son présent personnel pour permettre un meilleur futur collectif.

Qu’est-ce qui a changé pour que la nouvelle génération n’accepte plus ce principe ? Ne croit-on plus à la vertu de l’effort ? Est-on devenus trop individualistes ? Craint-on la finitude des ressources de notre planète et l’effort d’adaptation paraît-il insupportable ?

Le futur fait peur, la perception de l’Homme est incertaine. On ne peut plus imaginer les conséquences de ce que l’on crée aujourd’hui. Nous sommes submergés par une conscience malheureuse : nous avons compris le problème (notre impact sur le changement climatique, sur l’épuisement des ressources naturelles) mais nous n’en acceptons pas la solution.

En conclusion :

Nous vivons un moment charnière de l’histoire de l’humanité. Le changement d’ère que nous traversons est une opportunité, une invitation à adopter un nouveau mode de vie. Le passage nécessite un saut massif de conscience. Ce saut vital est possible si chacun se comporte en « centre de conscience » et « contamine » son voisin. Il nous appartient d’inventer un nouvel art de vivre où le « mieux » l’emportera sur le « plus ».

Vivre mieux avec moins

C’est ce à quoi nous invite notre responsabilité sociale.

P.-S.

Je vous invite à poursuivre cette discussion ou a nous mettre ensemble en action dans votre entreprise en contactant : M.R.C.O.

www.mrco.fr

Notes

[1Quelques réflexions inspirées de l’ouvrage : « Prospective 2015-2025 de Marc Halevy » spécialiste de la prospective, menant des recherches sur les conséquences socioéconomiques du passage de l’économie industrielle à l’économie de l’immatériel.


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